Une politique autre que celle des murs



Que peut l’Europe face à la construction de murs séparant ses partenaires? Elle n’est pas un gendarme, ni un juge. Mais un moteur guidé par la volonté de rapprocher et de consolider l’esprit du dialogue. Un visionnaire explicite…

 

Il y a des images qui font partie de l’inconscient collectif européen : 1989, celles du mur de Berlin qui s’effondrait devant une foule hétéroclite. La hargne avec laquelle de jeunes Allemands détruisaient cette parcelle de la honte révélait au monde entier la soif de liberté et le désir tenace d’ouverture. 2003, les forces d’interposition de l’ONU levaient une barrière rouillée entre la partie sud et la partie nord de Chypre après 29 ans de fermeture. Au Proche-Orient, c’est la construction d’un mur entre Israël et les territoires palestiniens qui marque l’inconscient collectif des enfants palestiniens. L’expérience de l’Europe est-elle si insignifiante pour que le dialogue entre les partenaires d’un même processus se résume à des pierres, celles qu’on élève ou celles qu’on lance ?

L’Europe n’est pas un gendarme, mais…

Il n’en fallait pas plus pour annoncer la mort du partenariat destiné à bâtir une zone de paix, de prospérité et de stabilité. Le processus s’est d’un coup résumé au confit israélo-palestinien, avec l’Europe en ligne de mire comme responsable et coupable d’une faiblesse congénitale à ne pouvoir contraindre par la force ses partenaires les plus récalcitrants. Ceux-là resteront déçus. L’Europe n’entend pas se transformer en juge ou en gendarme. Jamais la force n’a engendré la paix, tout comme la politique de la chaise vide de certains partenaires n’a jamais apporté de solutions aux problèmes.

De plus, l’Europe n’est pas un modèle mais un moteur dont la « force d’attraction massive » restera le dialogue, l’ouverture et l’intégration. Ces trois principes ont dicté la réflexion sur les forces et les faiblesses de Barcelone ainsi que sur l’avenir du processus face à la nouvelle géographie de l’Europe. Bien sûr, il était nécessaire de passer à la vitesse supérieure pour consolider les bases d’une coopération déjà existante, tout comme il était essentiel de préserver les acquis du Partenariat euro-méditerranéen.

PEV égale coopération

La Politique européenne de voisinage représente aujourd’hui un niveau de coopération encore jamais égalé et à laquelle cinq pays se sont déjà arrimés. Peu importe le rythme de chacun puisque l’objectif final n’est pas de gagner une médaille mais d’obtenir une place à la table des politiques européennes, d’intégrer un marché de 450 millions de consommateurs et de bénéficier des quatre libertés essentielles : libre circulation des biens, des marchandises, des capitaux et des personnes.

Changer de nom d’instrument, modifier les termes de la coopération et augmenter les possibilités d’intégration sont-ils suffisants pour abattre les murs et crier victoire ? Certes non, car les politiques sont faites par les hommes. Parce que nos frontières sont inamovibles, parce que nos peuples ne cessent de se croiser, parce que nous avons besoin les uns des autres, parce que les nouvelles générations refusent les guerres, nous avons un destin commun. Seule la vision de ce destin reste encore différente. La pertinence d’une telle politique ne tient pas au nombre de zéros alignés dans les conventions de financement. Elle ne tient pas non plus à la volonté de certains d’ériger l’Europe en bouclier politique contre les États-Unis. Elle réside définitivement dans la volonté des hommes d’État à avoir de l’ambition pour leur pays.

Patrick Renauld

Chef de la Délégation de la Commission Européenne au Liban
(Cahiers Euromed, 2005)






Vos réactions
Houda Oueslati, Tunisie | 28-01-2010, 11.30h

A la question "Que peut faire l'Europe?" face à la construction de séparation entre Israël et les territoires palestiniens, l'Europe ne peut certainement pas prendre une position neutre, ni juge ni gendarme, l’Europe a avant tout un devoir "historique' et 'Ethique' par rapport à cette politique des murs. C’est se trahir que de se contenter du triste rôle de témoin passif. Je considère que l'Europe se doit de bâtir son propre mur, un mur de valeurs et d’humanisme, face à cette anomalie pour aujourd'hui et pour demain. Ce n'est pas un mur qui mettra fin au conflit mais la primauté du droit à la vie, à la liberté sous toutes ses facettes.