Que fait l’Europe pour résoudre le conflit israélo-palestinien?

Lancé en 1995, le processus de Barcelone comprend trois volets : économique et financier, socio-culturel et sécuritaire. Ce dernier prévoit la promotion d’un espace commun de paix et de stabilité, avec notamment un règlement pacifique des différends. Ceci touche indirectement au problème israélo-palestinien. Mais surtout, l’Union européenne est membre du quartet pour le Moyen-Orient (aux côtés des États-Unis, de la Russie et des Nations-Unies) qui tente de rapprocher les points de vue des différentes parties afin d’arriver à la résolution du conflit israélo-palestinien. Il est vrai que l’UE est parfois taxée de «laxiste» vis-à-vis de la politique agressive israélienne, par les gouvernements et populations arabes concernés, il n’empêche que ses positions de principe, répétées constamment, ainsi que ses actions sur le terrain, sont généralement plus avancées que celles des Etats-Unis.

L'Union européenne joue-t-elle un rôle pour tenter de réduire le taux de chômage très élevé dans les pays méditerranéens ?

L’Union européenne mène une panoplie d’actions et de projets qui créent directement ou indirectement des emplois dans la région de la Méditerranée. Ces projets peuvent être d’ordre économique, culturel ou pédagogique. Ils peuvent par exemple mettre en place des programmes de formation techniques et académiques, qui permettent à la main d’œuvre et aux cadres d’être plus qualifiés, ou créer des structures pour aider les start-up et les PME, soit encore soutenir la mise en place de structures économiques ou culturelles. Mais au-delà de ces projets, l’ouverture des marchés européens aux marchandises des pays partenaires et les investissements privés européens dans ces pays constituent 2 volets essentiels pour la création d’emplois.

Que font les pays de la Méditerranée et l’UE pour développer la coopération entre journalistes des deux rives?

Le Réseau européen du journalisme du voisinage a été lancé par l’UE pour développer des réseaux et des opportunités de formation qui permettront aux journalistes de la région Euromed de partager leurs expériences et d’apprendre les uns des autres. L’accent est placé sur le développement des compétences professionnelles nécessaires pour rendre compte des affaires de l’UE. Il s’agit de former les journalistes des pays du sud de la Méditerranée, entre autres, et d'aider ces journalistes à traiter avec Bruxelles. Pour ce faire, le projet comprend 26 sessions de formation d'une semaine réparties sur les 30 mois du projet et organisées dans des pays européens ou du voisinage. D’un autre côté, des projets précis soutiennent les journalistes dans leur lutte pour la liberté d’expression.

Quelle place accorde la Politique de voisinage à la protection du patrimoine dans les pays de la Méditerranée?

Dans le but de promouvoir la préservation de l’héritage culturel matériel et immatériel en Méditerranée, l’UE a lancé en 1998 le programme «Euromed Héritage», qui a financé une série de projets et de partenariats entre des institutions du patrimoine de la région méditerranéenne et des experts dans ce domaine. Actuellement, la quatrième phase du programme Euromed Héritage (2008-2012) ambitionne de réaliser une reconnaissance de la «culture» comme catalyseur de la compréhension mutuelle entre les peuples. Doté d’un budget de 17 millions d’euros, «Euromed Héritage 4» a pour but d’aider les populations à s’approprier leur propre héritage culturel, national et régional, en facilitant l’accès à l’éducation et à la connaissance du patrimoine culturel. Aux projets sélectionnés, le programme offre un financement pour les travaux de réhabilitation, un cadre pour le partage d’expériences, un réseau pour la diffusion des meilleures pratiques, ainsi que le développement du cadre institutionnel aux niveaux national et régional.

Qu’en est-il spécifiquement des échanges universitaires entre les deux rives de la Méditerranée?

C’est à travers les partenariats «Erasmus Mundus» que s’effectue la mobilité individuelle des personnes entre les établissements d'enseignement supérieur européens et ceux du Sud de la Méditerranée. D’autres activités de coopération sont également mises en place dans le cadre de ce programme, à savoir: la délivrance de doubles diplômes, l’élaboration de cursus intégrés ou le transfert de bonnes pratiques. Chaque partenariat Erasmus Mundus associe au minimum 5 établissements d’au moins 3 pays européens et plusieurs établissements d’enseignement supérieur situés dans les «pays tiers» ciblés par les appels à propositions. Pour bénéficier de ces bourses d’étude et d’échanges universitaires, il faudrait consulter régulièrement le site d’Erasmus Mundus, section partenariat, pour suivre les possibilités offertes pour en profiter (que ce soit pour les établissements ou les étudiants).

L’Union européenne apporte-t-elle une attention particulière aux jeunes de la rive Sud de la Méditerranée?

L’UE œuvre pour la promotion de l’éducation et des échanges entre jeunes des deux rives de la Méditerranée, à travers notamment un programme intitulé «EuroMed Jeunesse». Ainsi, par le moyen de projets de mobilité, d’éducation non formelle et d’apprentissage interculturel, cette initiative tente d’apporter un soutien aux jeunes en quête de bourses et aux entrepreneurs de projets. Trois actions principales sont définies dans le cadre d’Euromed Jeunesse: les échanges de Jeunes Euromed (programme Erasmus, entre autres), le Service volontaire Euromed Jeunesse et les Mesures de soutien Euromed (prises de contact, visites d’étude, formations et séminaires…). D’autres projets visent spécifiquement la formation technique et professionnelle des jeunes pour une meilleure insertion sur le marché de l’emploi.

Quel genre de programmes est mis en place pour promouvoir les droits de la femme en Méditerranée?

L’égalité entre hommes et femmes représente un objectif fondamental pour les Etats de la zone euro-méditerranéenne. Pour cela, plusieurs programmes sont mis en place, dont par exemple un programme régional baptisé «Euromed Egalité Hommes-Femmes» qui vise à promouvoir cette égalité juridiquement et pratiquement, lutter contre la violence faite aux femmes et valoriser l’image de la femme dans les médias. Par ailleurs, des projets allant dans le même sens sont conçus spécialement pour venir en aide aux femmes dans leur parcours éducatif ou professionnel. Citons à titre d’exemple, la mise en place d’un incubateur d’entreprises pour les femmes rurales en Syrie, l’initiative d’éducation des filles en Egypte, l’aide apportée aux femmes rurales libanaises pour la production de produits du terroir, une maison d’accueil pour femmes violentées à Amman, ou encore la création d’un centre pour vente de produits traditionnels faits par les femmes à Alger.

Quel est le nouvel instrument financier de la PEV? En quoi diffère-t-il des instruments précédents?

L'instrument financier de la PEV, qui s'appelle IEPV (Instrument européen de partenariat et de voisinage) – connu aussi sous l'appellation anglaise ENPI (European Neighborhood & Partnership Instrument), est venu remplacer en 2007 le Meda, de l'étape précédente. Dans les 2 cas, il s'agit d'un outil pour gérer et orienter le financement prévu aux pays partenaires. Le IEPV est cependant plus consistant (+32% sur la période 2007-2013 par rapport à la période précédente, soit 12 milliards d'euros); il est réputé aussi pour être plus flexible que Meda, plus bilatéral (défini par pays bénéficiaire), et plus simplifié au niveau des procédures européennes.

Est-ce que les relations euro-méditerranéennes se limitent à la PEV?

A part la PEV, la nouvelle Union pour la Méditerranée constitue également un cadre de coopération entre l'UE et les pays partenaires, même si ses objectifs et ses plans d'action annoncés lors du Sommet de Paris ont été freinés par la conjoncture régionale. Sur un autre plan, chaque pays de l'UE entretient des relations plus ou moins étroites et denses avec chacun des pays partenaires. Même avec l'émergence de la PEV, rien n'indique encore, au vu des projets en cours, que ces "relations bilatérales" sont en déclin, au contraire. En moyenne, le financement de la Commission européenne représente seulement 20 % de l'ensemble du financement extérieur de l'UE et des pays membres.

Comment l’UE, à travers la PEV, envisage-t-elle l'immigration (clandestine et légale)?

La PEV favorise la mobilité en facilitant la délivrance des visas pour les séjours de courte durée, même si ceci se fait d'une manière très graduelle. Il en va de même pour l'immigration de travail, pour laquelle on parle plutôt de "migrations contrôlées" lorsqu'il y a un avantage pour le pays d'origine et le pays d'accueil. Un projet baptisé "Migration II" (2008-2013) devrait aussi faciliter au cas par cas les possibilités de migration légale. En revanche, l'immigration illégale, avec son lot de trafic d'êtres humains, est et sera plus strictement contrôlée et combattue.

L'UE, à travers la PEV, peut-elle contribuer au règlement des conflits dans les régions concernées?

La PEV en tant que telle n'est pas un instrument de politique étrangère de sécurité. Mais un des piliers du processus de Barcelone consiste à atteindre une zone de stabilité et de paix. L'ensemble donc, par l'intermédiaire des autres organes de l'Union européenne, et des différentes actions menées, a pour objectif de prévenir les conflits et de contribuer à les résoudre s'ils éclatent. L'un des exemples les plus manifestes est la contribution active de l'UE à la résolution du conflit israélo-palestinien, même si ces efforts n'ont pas encore abouti.

Qui définit les projets financés par l’UE et qui supervise leur exécution? Les parties locales dans chaque pays peuvent-elles influer sur ce processus?

La Politique européenne de voisinage est définie conjointement par l'UE et chacun des partenaires. Ses projets dans chaque pays sont déterminés à la fois par le document approuvé conjointement, mais aussi par les organes de la Commission (CE) à Bruxelles dans le cadre des secteurs prioritaires. Les parties locales, dans chaque pays, peuvent proposer, demander, exécuter, contrôler, mais la supervision globale reste du ressort des organes de la CE, car il s'agit de "l'argent du contribuable européen".

La Politique européenne de voisinage est-elle une stratégie durable, permanente, ou bien est-elle limitée dans le temps?

La Politique européenne de voisinage est une continuité du processus de Barcelone (1995)… qui va aussi dans le même sens que les relations antérieures, et qui peut évoluer peut-être en parallèle avec la nouvelle Union pour la Méditerranée. Donc l'idée de relations Euro-méditerranéennes de plus en plus étroites est un concept durable, non lié à une conjoncture donnée. Quant au Plan d'action de la PEV, convenu avec les pays partenaires, il a une durée de 3-5 ans, mais renouvelable au cas par cas.

Quel est l'environnement favorable - ou défavorable – qui peut influer, positivement ou négativement, sur le développement des relations entre l'Union européenne et chacun des différents pays concernés?

Plusieurs facteurs peuvent constituer, s'ils sont réalisés, un environnement plus favorable au développement des relations avec l'Europe. Groupés en général en un document (appelé Plan d'action de la PEV pour la plupart), ils recoupent en gros les mêmes concepts : une meilleure pratique démocratique, des réglementations plus proches de celles adoptées par l'UE, un commerce plus ouvert, des réformes là où c'est nécessaire. Il arrive même qu'un pays qui dépasse les engagements pris soit récompensé par une aide supplémentaire, comme ce fut le cas récemment pour le Maroc.

L'Union européenne a-t-elle défini des priorités sectorielles pour le financement de projets dans les pays partenaires?

Oui, dans ses communications successives (en 2006, 2007…), la Commission européenne affirme vouloir soutenir les réformes sectorielles des pays partenaires dans des domaines précis, dont notamment : l'énergie, le transport, l'environnement, les nouvelles technologies, l'éducation, l'emploi, la pêche et la mer. Ceci dit, la traduction pratique de ces axes sectoriels se fait au cas par cas entre la Commission et chacun des pays partenaires, selon un plan à long terme, mais aussi selon des besoins qui peuvent surgir à un moment donné.

L'UE planifie-t-elle et exécute-t-elle ses actions toute seule ou bien collabore-t-elle avec d'autres intervenants internationaux?

Les grands domaines d'action de l'UE sont décidés à Bruxelles selon ses priorités sectorielles. Cependant, au niveau de chaque pays et sur le terrain, la coopération existe à des degrés divers, au niveau des choix et des fonds alloués, avec l'ensemble des intervenants : l'ONU (et ses différents organismes), les autres pays donateurs, y compris les pays de l'UE eux-mêmes, qui ont, chacun tout seul, une multitude de projets. La PEV est même reconnue dans les plans stratégiques de la Banque mondiale. Lorsqu'il s'agit d'une aide budgétaire multilatérale à un pays donné, le FMI fait souvent référence à l'UE pour évaluer l'évolution financière du pays concerné.

Quel est le rôle du secteur privé dans ce processus et dans la PEV?

Les entreprises du secteur privé bénéficient indirectement des actions de l'UE et du processus du partenariat en général. Nombre d'actions de l'UE dans les pays concernés sont bénéfiques aux entreprises : ouverture des marchés, modernisation industrielle, réforme des législations, aides diverses. Cependant, la plupart des ces aides passent traditionnellement par l'intermédiaire des administrations publiques, supposées représenter une meilleure garantie. Récemment, certaines actions commencent à viser directement les entreprises, et les acteurs privés sont mieux entendus, même si on n'est pas arrivé encore à une relation suivie et ancrée dans les pratiques.

Quelles mesures sont prises si l'un des pays partenaires ne respecte pas ses engagements pris, selon les accords signés ou le plan d'action adopté dans le cadre de la PEV?

Ces accords et plans d'action sont agréés par le pays signataire, pour être respectés. Il n'y a pas de sanction juridique en cas de manquement, et le partenaire européen peut comprendre et tolérer des retards justifiés. Si le manquement est injustifié et significatif, les relations politiques peuvent en souffrir, et les financements prévus pour tel ou tel projet peuvent être réduits, interrompus ou annulés. C'est pourquoi, on remarque d'ailleurs que les montants effectivement versés sont généralement inférieurs aux montants promis pour une période déterminée.

La PEV appelle-t-elle à une modification du système politique dans les pays partenaires ?

Non, pas en ces termes en tout cas. Cependant, la démocratie fait partie intégrante de l'ensemble des textes signés entre les deux parties, avec des objectifs clairs dans les domaines de droits des citoyens, des élections libres, des réformes politiques, économiques, etc. Or, on sait que nombre de pays du Sud ont des déficits dans ces domaines selon les normes occidentales, et, à l'inverse, on entend plutôt des critiques que l'UE n'est pas en train d'inciter suffisamment les autorités dans chaque pays à avoir davantage de pratiques démocratiques. L'UE mise cependant sur un cumul d'actions, notamment via la société civile, pour que le processus de démocratisation suive un itinéraire interne.

La PEV porte-elle atteinte aux traditions locales, qu'elles soient d'origine sociale ou religieuse?

Certains intervenants des pays du Sud craignent une telle atteinte, en pensant parfois aux actions européennes pour l'égalité des genres et au profit des femmes. De telles interventions peuvent aller effectivement à l'encontre de quelques traditions locales des sociétés patriarcales. Ceci dit, si de telles actions existent c'est toujours en accord avec le pays concerné, et avec la coopération d'une administration publique et/ou d'une association privée. En plus, ces actions ne touchent pas aux traditions purement religieuses. Enfin, tout pays adhérant à ce processus est supposé avoir accepté certaines valeurs communes, comme les droits de l'homme, la liberté individuelle et associative, etc.

La PEV peut-elle engendrer une hégémonie culturelle?

La PEV favorise, dans certaines de ses actions, les interactions culturelles entre les deux rives de la Méditerranée, et finance des projets culturels internes dans chaque pays, pour préserver son patrimoine et encourager la créativité. Mais elle ne promeut pas un modèle culturel unique, qui n'existe d'ailleurs pas dans la diversité de l'Europe des 27.

Peut-on s’attendre à la fin de ce processus à intégrer l’UE?

Non, l'objectif final de ce processus de voisinage, en termes de bénéfices et de statut, est de parvenir à une totale liberté de mouvement des capitaux, des marchandises, des services et des hommes entre les deux partenaires du processus. Mais ceci est la limite qu'un pays du Sud peut atteindre, s'il remplit les conditions pour ce faire. Il ne peut, en revanche, être admis comme membre dans l'Union européenne.

Y a-t-il des conditions politiques à l'aide européenne octroyée aux pays partenaires ?

Non, pas dans le sens des positions politiques souveraines que chaque pays prend dans la gestion de ses affaires étrangères, à condition que de telles positions ne constituent pas une menace pour la stabilité et la paix dans la région. En revanche, des conditions de réforme interne sont théoriquement requises au niveau économique, et parfois politique.

L’ensemble du processus de la PEV ne risque-t-il pas de mettre en danger la souveraineté des pays arabes concernés ?

Tout processus d'intégration dans un ensemble (politique, économique, culturel…) ôte aux pays concernés une partie de leur souveraineté nationale. C'est d'ailleurs le principe même de l'Union européenne elle-même. Dans le cadre de la PEV, et des relations Euromed en général, il s'agit d'un rapport donnant-donnant, et c'est à chaque État de faire en sorte que ce soit gagnant-gagnant. Rien n'est imposé en fin de compte, mais le pays qui s'intègre aura à faire quelques concessions que certains critiquent (au niveau par exemple des réformes ou de la bonne gouvernance). D'autres voient au contraire que de telles réformes sont d'abord avantageuses au pays concerné, et devraient être appliquées même si la PEV n'existait pas.

Les produits de l’UE ne risquent-ils pas d'envahir les marchés des pays voisins avec l'instauration de la zone de libre-échange et l’abolition à terme des droits de douanes?

Les produits des pays partenaires arabes ont eu un accès immédiat et presque illimité aux marchés européens. Dans l'autre sens, une période d'adaptation (allant jusqu'à 12 ans) a été mise en place, afin que les producteurs des pays arabes puissent se préparer à la concurrence des produits européens. Des quotas et des exceptions ont été également mis en place pour ne pas léser de jeunes industries ou des productions agricoles sensibles dans les pays du Sud. Il faut ajouter à ce propos que les zones de libre-échange tendent désormais à se généraliser (dans le cadre de la zone panarabe au niveau régional, ou de l'OMC au niveau mondial), ce qui rend le protectionnisme de plus en plus difficile en général.

Quel genre d’accords lie actuellement l’Europe à ses voisins?

Des "accords d'association" ont été conclus entre l'UE et chacun de ses voisins. Ils remplacent généralement d'anciens accords en vigueur depuis les années 70. Ces accords instaurent à terme des zones de libre-échange pour l'écoulement des produits, mais dont les conditions précises peuvent être différentes entre un pays et un autre. Ils stipulent également une coopération à plusieurs facettes : économique, sociale, politique, culturelle, législative, ainsi qu'au niveau des réformes, etc. Des commissions jointes étudient tous les ans l'évolution de la mise en œuvre de ces accords et décident des modalités d'application.

Quel bénéfice l’Europe tire-t-elle de la PEV?

L'Europe a intérêt à vivre dans un environnement de paix et de stabilité. Elle est consciente qu'elle ne peut pas rester à l'écart de facteurs d'instabilité qui pourraient surgir à ses frontières, tels que les conflits armés, les idées et actes de terrorisme et de criminalité, mais aussi la pauvreté et le sous-développement. De même, elle pourra indirectement bénéficier de la croissance et du développement socio-économique chez ses voisins, sur deux plans au moins : d'une part pour l'écoulement de ses produits et services dans les pays voisins, d’autre part pour la réduction des mouvements d'émigration, à partir des pays proches, vers ses territoires.

Qui sont les bénéficiaires des actions financées par l'UE?

Selon l'UE, les bénéficiaires finaux sont les citoyens des pays partenaires concernés dans leurs différentes stratifications : agriculteurs, industriels, commerçants, pauvres, populations rurales, enfants, femmes, divers professionnels, etc. Ceci dit, les projets sont souvent exécutés par l'intermédiaire des appareils d'État dans les pays concernés, parfois aussi par des ONG, établissements éducatifs, coopératives…

Quel genre d’activités est financé par l’UE à travers la PEV?

Les actions et projets financés par l'Europe dans les pays méditerranéens arabes (entre autres) n'ont pas démarré avec la PEV (en 2004), ni même avec le lancement du processus de Barcelone (1995). Ceci dit, avec ces nouveaux instruments, le soutien européen a pris une nouvelle dimension et concerne pratiquement tous les secteurs et aspects : infrastructure, développement, agriculture, industrie, environnement, éducation, administrations, réformes des législations, etc. Mais s'y ajoutent aussi deux dimensions importantes : d'un côté les divers aspects d'interactions culturelles, puis, de l'autre, la promotion de la démocratie, les droits de l'homme (et de la femme), l'État de droit…

La PEV est-elle en contradiction avec la Ligue arabe ?

La Ligue arabe cherche, du moins selon ses statuts, à consolider les relations entre les pays arabes et promouvoir à terme une intégration de ces États et leurs populations. C'est pour cela que certains dirigeants et penseurs arabes voient dans le partenariat avec l'Europe un "concurrent" possible, une tentative de créer une identité euro-méditerranéenne qui n'existe pas. Dans la réalité des choses, il peut s'agir davantage de complémentarité entre les deux notions : rapprochement pragmatique entre voisins d'un côté, et identité séculaire appelée "arabisme" de l'autre. Cependant, des dénominateurs communs existent aussi : zones de libre-échange, stabilité et sécurité communes, niveaux d'intégration économique, etc.

Comment s’applique pratiquement la PEV?

Chaque pays concerné présente un "plan d'action" dans l'esprit de la PEV. Des négociations sont ensuite menées avec l'UE pour finaliser ce plan, et enfin l'adopter. Des rapports sont établis au fur et à mesure afin de suivre son application et y apporter éventuellement des ajustements en cours de route.

Qui gère la PEV ?

La Commission des relations extérieures au sein de la Commission européenne est chargée de la mise en œuvre de la PEV. Donc la gestion centrale se fait à partir de Bruxelles, y compris pour les programmes, actions, budgets, etc. Ceci dit, des commissions mixtes, formées avec chaque pays concerné, se chargent du développement de cette politique, selon des priorités décidées en commun entre l'UE et le pays concerné.

Quel rapport entre la PEV, le processus de Barcelone et l’Union pour la Méditerranée (UPM)?

Le processus de Barcelone a été lancé en 1995, dans l'objectif de consolider les relations notamment avec les pays méditerranéens du Sud et de l'Est, donc sans les voisins Est-européens. Il proposait des partenariats, sous forme d'accords d'association, avec les pays qui le souhaitent. Ces accords ont des aspects commerciaux, politiques, culturels, économiques, etc. En gros, la PEV est une continuation du processus de Barcelone, car elle a les mêmes objectifs, mais elle est plus élargie géographiquement et sa méthode de travail est différente car elle est plus "personnalisée". Enfin, l'Union pour la Méditerranée, idée lancée par le président français Nicolas Sarkozi, ne s'éloigne pas de l'objectif général de coopération euro-méditerranéenne, mais privilégie des domaines d'action précis (environnement, énergie, éducation, etc.) ; ses interventions pratiques sont en cours d'élaboration.

Qui sont les pays concernés par la PEV?

En principe, tous les pays limitrophes de l'Union européenne (UE) sont concernés par la PEV. Mais, pratiquement, certains sont des cas particuliers d'une façon ou d'une d'autre, de sorte qu'ils se retrouvent, pour le moment, en dehors de cet "espace". Dans le détail, les pays qui sont actuellement partie prenante de la PEV sont : 9 pays méditerranéens du Sud et de l'Est (Algérie, Maroc, Tunisie, Egypte, Israël, Syrie, Liban, Jordanie et Territoires palestiniens autonomes) ; puis 6 pays de l'Est européen (Ukraine, Moldavie, Géorgie, Arménie, Azerbaïdjan, Biélorussie). La Turquie, autre voisin, est plutôt dans le stade de négociations pour l'adhésion à l'UE; et la Russie préfère développer un "partenariat stratégique" séparé avec l'UE. Ceci dit, l'action de la PEV n'a pas encore démarré avec la Syrie, la Libye ou même la Biélorussie, pour des raisons diverses.

Qu’est ce que la Politique européenne de voisinage (PEV)?

En 2004, l'Union européenne s'est élargie en intégrant 10 nouveaux pays du centre et de l'est de l'Europe. Elle se retrouve ainsi face à de nouveaux voisins, avec lesquels elle veut bâtir des relations étroites, pour prévenir ou aplanir de possibles clivages - qu'ils soient politiques, économiques ou culturels. C'est ainsi que la "Politique européenne de voisinage" est née, avec l'idée de partager un espace commun de prospérité, de stabilité et de paix.